Phantasma Kai Aletheia

06 novembre 2016

Body & Soul

Tiens, coucou toi !

Je t'avais un peu délaissé, petit blog. Je ne sais même pas s'il te reste quelques lecteurs...Je remets le bout de mon nez ici, dites-moi si vous êtes là !

Depuis le départ de ma grand-mère en mars 2016, j'ai détaché le lien un peu trop serré que j'avais avec les réseaux sociaux (et donc le blog). Je m'y suis perdue dans de fausses amitiés qui se sont retournées contre moi, de faux débats. Mon année 2016 a donc été une belle année réelle, avec moins de virtuel, et j'en suis ravie.

Deux très belles rencontres ont marqué cette année. Un homme qui est une sorte de frère jumeau complémentaire, avec qui une belle complicité s'est nouée, que je vois bien rester dans ma vie pour toujours. Un compagnon, d'autre part, qui répond à ma soif de maturité, de recul chez l'autre. De bienveillance aussi, pour ces deux personnes.

J'ai mieux choisi mes relations, aussi. 

La bienveillance...

Côté running, j'ai eu une année en dents de scie, avec une fatigue physique lancinante agrémentée de diverses somatisations liées à un burn-out professionnel. Ces "signaux" ont été écoutés. J'ai mis fin à ce qui ne me faisait plus de bien. Cette période m'a aussi appris à écouter encore davantage mon corps, qui décidément, est un messager et un allié de taille pour recentrer ma vie...Dès que je pars dans un truc qui ne me convient pas...sur le plan émotionnel, physique, intellectuel....et que je persiste un peu tête baissée, en mode sacrifice, forcing, aliénation....BIM il m'envoie un truc.

J'ai appris en 2016 à écouter vraiment ses signaux. C'est-à-dire à déchiffrer au-delà du physique (non, ce n'est pas "juste" une tendinite....tu n'as pas "juste" pris froid...ce n'est pas "juste" à cause de ta chaussure ou de ce mouvement...).

A présent je passe des contrats avec mon corps. En général sur plusieurs plans.

Exemple concret : une douleur sous le pied ressentie après une rupture :

-j'accueille et j'écoute l'émotion. Il t'arrive quoi? Qu'est-ce qui se passe dans tes tripes ? Et j'écoute la réponse sans juger. (>ex : "je me sens abandonnée". Je panique. C'est le vide.) Je ne juge pas la réponse, je ne la contredis pas. ("Ok, tu te sens abandonnée. Toute seule, laissée tomber un peu? Comme orpheline ?" >> "oui, c'est ça" > "d'accord"). Et ensuite je prends dans mes bras la petite partie de moi qui ressent ça. Je lui dis que je suis là. Je lui promets que je vais m'occuper d'elle, moi.

-j'accueille et j'écoute le corporel. En l'occurrence : j'avais dépassé un certain seuil de volume kilométrique les deux semaines précédent l'apparition de la douleur. Je passe alors un contrat précis : je te promets, corps, que cette semaine je ne dépasserai pas 60km. Et je tiens ma promesse.

-je passe sur le plan matériel en dernier (selon moi, finalement, le moins important, paradoxalement !) : massage de la zone, huiles essentielles.

Ce faisant, la soi-disant "tendinite" a duré...4 jours. J'ai pu reprendre la course. J'ai tenu mes promesses. Je me suis sentie bien.

Je n'ai pas encore appris à éviter les erreurs : je vais encore souvent trop à fond dans un truc. Mais j'ai appris à réagir beaucoup plus vite et surtout à réagir d'une façon bienfaisante et constructive.

Côté perf : ça ne m'intéresse plus trop. Je ne cherche plus à battre mes RP, que je pense d'ailleurs indépassables. Je pense avoir atteint mon optimum physique en 2013-2014, à la faveur d'une conjonction de facteurs (fraîcheur, disponibilité, momentum particulier, entourage, âge, contexte, etc). Les gens croient que c'est négatif de penser ça. C'est marrant....J'ai juste pas envie de rentrer dans la perf à tout prix. Je trouve que je maintiens bien mon niveau, je travaille ma course quasi autant qu'avant, en forçant un peu moins, mais en bossant dur quand même. Et ça me va. Ca me plaît vraiment, toute cette endurance en forêt. Le fractionné ne m'attire toujours pas..C'est mon choix. Il me rend heureuse...

Je n'ai pas appris tout ça toute seule. La philosophie et l'enseignement d'une certaine Isabelle Padovani, dont je vous conseille fortement les conférences sur youtube, y sont pour beaucoup.

A 37 ans, je réalise que j'ai beaucoup grandi...Ma vie est bien plus cool qu'en 2015. Gratitude !

Et vous? Vous avez grandi aussi en 2016?

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26 juin 2016

Trois blogs chouchous de 2016

Pour une fois, on ne va pas parler de moi ! Oohh....j'entends vos soupirs déçus ! Rassurez-vous ! Je ne cours plus depuis 10 jours et je suis en vacances donc vous allez en avoir, de l'article de blog ! Déjà 4 en un week end, tavu?

Donc ne pas parler de moi.

(c'est pas facile, hein).

J'avais envie ce soir de vous présenter trois blog qui me tiennent vraiment, vraiment, vraiment et vraiment à coeur.

La premier est celui qui m'a redonné envie d'écrire hier. C'est le blog d'un prof ultra connu sur les RS pour son personnage-avatar "monsieur le prof", brillant et drôle et acerbe et lucide sur sa pratique et son quotidien. Hé bien ce cher jeune homme est, en plus, doté d'une superbe -et je pèse mes mots- plume et quand je dis superbe, c'est parce que le fond tient la dragée haute en permanence à la forme. Ce jeune homme donc, est prolixe et m'a donné déjà 3 coups de coeur bloguesques :

1/ Son blog général : http://monsieurleprof.com/

2/ Son blog sur ses histoires sentimentales : http://partenairesparticulieres.com/

- Une écriture lucide, poétique, eternalsunshineofthespotlessmind-esque. Certains articles sont dignes d'un roman, d'autres sont beaux à pleurer.

3/ Son blog de voyage est le dernier en date que je découvre : https://bonjmecasse.wordpress.com/

- On y sent toujours cette même lucidité, cette mélancolie drôle, ce mélange de crudité et de poésie, cette légèreté qui taquine en permanence la profondeur. Il m'a donné envie de voyager et surtout d'écrire. Certains passages sont carrément proustiens. Allez voir notamment : "Jour 24, Yosemite".

La deuxième est une jeune boulimique comme moi youuuuu, dont la créativité s'exprime par le dessin. Elle s'appelle Emilie et le titre de son blog veut tout dire :

http://jeveuxvivre.com/author/emilie/

- Des situations du quotidien, des prises de conscience, des écueills de communication, et une recherche de l'authenticité en permanence. Et ça, ça me parle ! Un de ses articles m'a notamment touchée coulée : lorsqu'elle va "chez le docteur de la tête".

Le troisième est un blog en anglais, traitant de l'introversion avec une finesse et une exhaustivité que je n'ai jamais vue ailleurs. J'ai appris plein de choses et ai découvert que je n'étais pas seule au monde, ni bizarre, ni dingue, ni folle, ni autiste, ni dangereuse, ni foutue. Ce blog est une mine de déculpabilisation pour les introvertis, (même les sociables!), hypersensibles, hyperesthésiques, HPE, HPI, énnéatypes 4, surdoués, zèbres, enfants indigos. Il est à fourrer entre toutes les mains, des introvertis, mais aussi de leur entourage extraverti (parents, amis).

http://introvertdear.com/

En lien avec "The Quiet Revolution" :  http://www.quietrev.com/

 

Bonnes lectures, et dites-moi ce que vous en pensez !

ciel-etoile-nuit

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26 juin. Charenton

Le 25, je réalise que je ne suis pas amoureuse, mais amie, de cet homme.

Nous nous séparons. J'ai pour habitude que mon mec soit mon meilleur ami, donc, comme à chaque rupture, je me retrouve seule au monde. Comme Tom Hanks avec son ballon de foot, je parle toute seule, dans la rue. Je marche d'un pas las vers le supermarché. Je consomme 6500 calories en avalant mes courses, puis en me faisant livrer à domicile. Je mange pour remplir le vide. J'écris un peu ici, sur le blog. Je songe à l'avenir. J'essaie de tirer du présent vide la force de partir : si tout indique ici que je n'ai rien à apporter à personne; si mes tentatives de conciliation avec mon ami ont échoué; si mes deux amis qui restent ne sont jamais disponibles ou disposés à faire des choses; si mes seuls interlocuteurs de journée sont des caissiers, ou des passants, inconnus, dans la forêt ; n'est-ce pas le signe clair que ma destinée est ailleurs?

Je cherche un signe. Sur les sites de rencontre : un signe, quelqu'un qui avec qui ce serait "ça". Une bribe de message plus parlante qu'une autre. Une vidéo de Padovani sur le thème de la "solitude" m'apporte un peu de réconfort temporaire. Je vois le temps qui passe. 37 ans dans quinze jours, une vie très transparente, très invisible, très en retrait. Pas de construction à mon actif. Pas de liens qui perdurent. Une capacité, certes, à nouer des liens avec les inconnus dans la rue. Le lien, positif, avec la forêt. Mais la forêt n'est pas un être humain, toute magnifique soit-elle. Cette envie d'enfant. Cette certitude que, malgré les failles de mon existence présente, avec un autre être, je saurai faire.

Le 26, je croise mon gardien en revenant du supermarché. Il aime toujours qu'on discute. Et j'ai eu tellement peu de paroles cette semaine que j'ai besoin de parler. Alors je lui raconte la tendinite, le départ prévu pour Grasse. Je remonte. Je regarde l'athlétisme à la télé. Je redescends. L'air extérieur sent l'été. Le soleil, le vent tiède, les odeurs de repas en terrasse, les tenues des gens dans la rue, qui s'activent, qui vivent. Une mère qui appelle sa petite fille à ne pas trop s'éloigner "Il y a beaucoup de portes de garages!". La vie qui se déroule hors de moi, sans moi, comme si souvent. Les journées comme aujourd'hui me rendent mélancolique, parce que la beauté du temps, le calme du dimanche, rendent la solitude plus aigue par le bonheur potentiel qu'elles recèlent et font presque goûter. Et par les souvenirs de belles journées heureuses et partagées qu'elles évoquent. 

J'écris, la fenêtre entrouverte, avec cette beauté qui fait mal. Quelques bruits lointains d'enfants qui jouent me viennent, comme à la mer. Echos des immeubles voisins et des cours lointaines. Des bruits de fourchettes tintent sur des assiettes de salades d'été. Des gazouillis d'oiseaux qui disent l'été et le dehors. Je recommande à manger. La journée sera aussi calorique. La solitude consommée - tiens, l'expression est marrante.

L'instant est sans limite. Il est sans but, neutre. C'est presque dur, cette neutralité : la possibilité d'être heureux est toujours quelque part. Etre à côté, sans l'être, c'est le pire.

Le cerveau est plein.

Je vois ma thérapeute, demain. Je suis contente. C'est une personne vivante. C'est une sorte d'alliée, c'est une sorte d'amie. Voilà, c'est ça : je paie pour avoir des amis. Ca m'arrache un sourire. C'est pathétique, en un sens, en le lisant, peut-être. Mais cela compte, tellement. Peu importe qu'il faille payer. Cela existe.

La voisine tourne sa clé dans sa serrure. C'est par ce bruit que je la connais le plus. Elle est âgée, petite, dégourdie, et bien vive. Elle a perdu son mari.

Tiens, je parlerai de mes difficultés à "être en couple" à ma thérapeute. Et à me faire des amis. Au fond, c'est surtout la difficulté à sortir de chez moi. Une fois que je fais les démarches, je me les fais, ces amis-là. La vie me l'a prouvé. Mais je reste dans ma tanière. C'est comme ça. Comme ces adolescents japonais, ces Hikikomoris. Avec la thérapeute, on va parler à la petite fille qui reste dans sa cachette. On essaie de l'apprivoiser. Pour peut-être, ensuite, l'accompagner dehors, hors de sa caverne. Parmi les autres.

L'oiseau gazouille toujours dehors. Mon burger va bientôt arriver. Peut-être la somnolence va me gagner, et que demain matin, un jour neuf va se lever.

 

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Voir ailleurs si j'y suis ?

Alors ça y est. J'ai accepté le poste, trouvé le logement. Je pars à Grasse, près de Nice, le 15 juillet. Je quitte mon Val de Marne, je quitte mon Bois de Vincennes chéri.

Une fuite ?

Peut-être. Une fuite parce que j'ai perdu mon meilleur ami. Et sans lui, la vie ici, est moins agréable. Ce sont des runs, des apéros, de l'enthousiasme, des idées, des complicités en moins. Un départ parce que je n'ai plus rien qui m'attache ici, sans cette amitié. Je n'ai pas trouvé l'homme de ma vie ici ! Il me reste trois amis hommes, dont deux que je vois très rarement car ils sont pris par leurs vies, ou pas disposés à partager des choses.

C'est pour toutes ces raisons relationnelles que je pars. Quelque chose me dit que je n'ai plus rien à faire ici. Je ne suis indispensable à personne finalement.

En revanche, certaines choses vont me manquer et me freinent un peu !

Pour commencer, mon Bois ! Mon Bois d'amour. A qui je consacrerai prochainement un article avec quelques photos. Cela fait deux ans et demi que je le fréquente tous les jours ou presque. Que je le foule, en courant ou en marchant. Que je m'y allonge. Que j'y ai ri, et pleuré. Il m'a accueillie, entourée, enrobée de ses senteurs et de ses bras calmes, couverte de sa pluie, de sa bruine, effleurée de ses brises chaudes. Il va me manquer. Ma route de la demi-lune. Ma barrière de Gravelle. Mon allée royale. Ma route de la Tourelle. Et tous mes arbres. 

Les quelques sourires que j'y croise aussi vont me manquer. Mon papy tunisien !

Mon gardien d'immeuble, toujours prêt à taper la discute.

Ma caissière sympa du Simply Market, Martine.

Mes caissiers du magasin bio.

Ma psychothérapeute, toute douce et bienveillante.

Je vais donc voir ailleurs si j'y suis. A Grasse. Il y a de la nature, j'ai vérifié ! Des cascades, des forêts, des odeurs. La mer pas loin.

J'ai repéré deux trois circuits de randos, deux trois lacs, deux trois forêts. Je ferai des randos, des repérages, je vous raconterai mes découvertes, promis. J'ai aussi repéré un groupe de yoga. J'ai les boules, bien sûr ! Tu me connais. Mais voilà.

A suivre...

Et à méditer, petite citation en rapport avec la Ville où je m'installe, rien moins que la ville du Parfum...

Accepte de fleurir là où le sort t'a planté.

Ella Grasso

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J'me tire

Un petit moment déjà que j'hésite à en parler ici, parce que j'ai mis du temps à prendre cette décision, et qu'à l'heure où j'écris, elle est prise sans l'être, c'est-à-dire que j'ai un plan de secours, pour pouvoir faire machine arrière au moins pendant les trois mois qui viennent.

Toi qui me suis sur facebook ou twitter, tu sais sans doute que j'ai passé une année difficile au travail. J'adore mon métier, pour plein de raisons. Notamment la transmission, le partage, le rire avec les élèves, leur confiance, leur contact. Et pourtant j'en ai souffert, pour d'autres. Notamment les horaires, l'ambiance entre adultes, une certaine fatigue relationnelle -c'est un métier très stimulant nerveusement, car ce sont des ados. Et le salaire, légalement injuste. Mon parcours atypique de certifiée du public (Capes) qui a ensuite opté pour le privé, m'a privée- c'est le cas de le dire- non seulement de ce diplôme (le Capes n'est pas reconnu par le privé, qui a son "propre" concours, le Cafep : c'est le même examen, nous sommes tous dans la même salle, passons les mêmes épreuves, mais le code à inscrire dans la marge de la copie est différent), mais aussi de l'expérience et du salaire qui va avec.

Autrement dit, je me suis retrouvée, pendant deux ans, professeur dans le privé, avec le statut d'un étudiant licencié, point, barre. 1250e net, pour un temps plein. Au lieu des 2100 normalement attribués au vu de mon concours et expérience.

Au-delà de la difficile viabilité d'un tel salaire en région parisienne, qui fait que mes parents ont dû m'aider pendant deux ans, moyen lorsque tu as 37 ans, c'est surtout l'injustice légale, le mépris officiel qui m'ont fait mal. 1250, c'est moins que ce que j'ai gagné, ma toute première année de professeur stagiaire, sortant à peine du capes. Il y a 15 ans.

J'ai donc décidé d'arrêter.

La décision n'est pas venue facilement. Beaucoup d'insomnies. Les élèves qui me transmettaient que je leur manquais. Et ils me manquaient beaucoup aussi. Ils m'ont stimulée, ils m'ont forcée à être créative, drôle, plus libre, plus réactive, plus "rebondissante", plus à l'écoute, plus dans l'instant présent et la réalité, plus tranquille aussi, plus respectueuse des différences. Ca a été un sacré miroir, un qui ne ment pas. Je n'ai pas fini de leur parler de Jean Valjean. Je n'ai pas pu leur dire au revoir.

Ce n'est qu'un au-revoir, pour les élèves. Je me garde la possibilité de redevenir prof si mon nouveau boulot - qui fera l'objet d'un autre article- ne me convient pas, ou si leur contact me manque. Je sais que j'ai encore des choses à faire avec les jeunes.

Je termine par une petite lettre au rectorat, que je compte bien envoyer.

Voilà, une page se tourne. Je n'aurai pas réussi à être à la hauteur de mes attentes ni à celle des attentes du système probablement. Je me console en me disant que j'ai fait ce que je pouvais avec les moyens du bord. Je me console en me disant qu'ils auront lu le Lion, les Misérables, Edgar Poe, Théophile Gautier, Richard Bach, Michel Tournier, qu'ils savent à quoi sert le subjonctif présent, qu'ils différencient une cause d'une conséquence, qu'ils réfléchissent au sens des mots, à leur composition, leur histoire, les liens qu'ils entretiennent entre eux; je me console en me disant qu'ils auront davantage de mots pour dire toutes les nuances d'une idée, d'un caractère, d'une qualité, d'un défaut. Je me console en me disant que j'ai toujours essayé d'accueillir leurs états d'âme et de leur montrer que rien n'est "mauvais" ni "honteux". Je me console en me disant que je n'ai pas été cassante ou tyrannique. Je me console en me disant qu'on a eu des moments sympas et joyeux.
Bien sûr j'aurais voulu rester plus longtemps, faire plus de projets, de défis lecture, donner encore plus le goût de lire, de dire, d'interagir, de réfléchir, d'écouter. Bien sûr j'aurais aimé pouvoir être mon idéal.
Mais mes limites m'ont rattrapée et j'ai décidé que la santé était importante, peut-être même davantage que les idéaux.

Cher rectorat, je n'ai pas réussi à me lever à 6h du matin, travailler 50 h hebdos, penser et structurer mon job en weekends et en vacances, pour un salaire de 1100 € qui ne tenait compte ni de mon CAPES ni de mon ancienneté. Pour toutes ces injustices, mais aussi pour les rigidités du système, des notes, des réformes concernant le français et le latin, du nombre d'enfants par classe, des programmes, des relations direction/profs/parents, de la pédagogie douteuse de certains adultes, je vous rends ma copie. Vous aurez eu raison de mon choix de métier, vous n'aurez pas raison de ma passion pour les mots, l'apprentissage, les personnalités, les relations, l'étymologie, la réflexion. Je n'oublierai pas non plus les visages de ces ados, surtout les lumineux, les curieux, les souriants. Un coup à te filer de l'optimisme pour la suite. Ciao !

 



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De l'empathie entre amis.

Prenons pour illustrer la suite, un exemple de cas précis de relationnel amical classique qui ne fonctionne pas :

X raconte à Y qu'il ne se sent pas bien à cause de Z. 

Y est extérieur à l'histoire, il peut donc offrir une oreille, une écoute. En réalité, croyant bien faire, il lui prodigue un tas de conseils, sur un mode un peu injonctif et moralisateur (du genre "il faut te bouger les fesses, là" "il faut te bouger pour avancer, regarder vers l'avenir, t'activer, c'est tout ce que je peux te dire; sinon on s'enfonce parce qu'on ne fait rien !".

Que croyez-vous qu'il se passe ? Comment se sent X à présent? X n'est pas consolé le moins du monde - pire, il est "réprimandé" et/ou infantilisé et sa douleur est complètement rejetée, évacuée par l'autre. L'étape la plus importante, celle de l'accueil de l'émotion qui est là, est zappée au profit de l'étape ultérieure : aller mieux, l'avenir. L'émotion n'est pas "accueillie". Une émotion, pour arriver à sa fin de vie, doit être verbalisée ou entendue, reconnue, reçue. Elle doit vivre sa petite vie d'émotion, puis meurt d'elle-même. Dans notre exemple, elle est court-circuitée.

Bien sûr, tous ces conseils que Y lui prodigue, X les connaît et les applique déjà ; ce n'est pas cela qu'il recherchait en se confiant à Y.

Mais alors, que recherchait-il ?

X voulait de l'empathie.
L'empathie, c'est "mesurer" la douleur de l'autre, s'asseoir sur un banc à côté de son ami et faire "résonner sa plainte", la reformuler, pour qu'il la sente comprise, entendue, mesurée à sa juste intensité de douleur. L'empathie, ce n'est pas prodiguer des conseils aussi avisés soient-ils. L'être humain ne veut pas de conseils (il les connaît déjà, les applique déjà, ou essaie de toutes ses forces de les appliquer et peut éventuellement se sentir très mal de ne pas réussir !) - non, il ne veut pas de conseils - il veut de l'empathie, c'est à dire que sa douleur soit mesurée. Mesurée !

X a entendu :

"il faut se bouger pour sortir de ça"- cela ne l'aidera jamais à se bouger et il peut en outre culpabiliser de ne pas parvenir à "se bouger" instantanément.

X aurait voulu entendre

sa douleur, reformulée par l'autre, tel un écho : " je comprends mon chéri, que ça ne doit pas être facile ton isolement. Tu as perdu un ami très cher et ça te meurtrit, ça te rend triste. Parce que c'était précieux pour toi. Et puis tu as fait des efforts pour réparer ce lien alors ça te fait triste, que ça n'ait pas marché."

Là peuvent couler les larmes libératoires. 

De là pourra se panser la plaie.

Bonne nuit à tous.

 

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15 juin 2016

Hey !

 

Incroyable.

Je ponds un article hier sur la somatisation et ?

Ce matin je me réveille avec une double tendinopathie des hanches.

Oui, oui.

L'univers se fout de ma gueule.

- Il a pas tort, je fais tout de travers.

Donc voilà, on y est.

Le point où tu pensais que ça ne pouvait pas être pire - pas d'amis, dilemme professionnel impossible, pas de mec, pas d'estime de toi, des kilos bel et bien repris en bonne quantité, et la boule dans la gorge quotidienne.

Et où, en fait, si, ça peut être pire : ne plus pouvoir courir dans le Bois. 

J'ai même mal en marchant doucement dans mon studio. Autrement dit, fini les sorties au grand air, le seul oxygène de mes phases dépressives.

Il va falloir trouver autre chose....

Ecrire....écrire.....sur quoi....sur qui....pour quoi.... pour qui....

Tu veux savoir quoi, toi, lecteur? Des trucs sur l'hyperphagie? Des trucs sur les relations hommes femmes ? Les fantasmes que j'ai sur le futur homme de ma vie ?

Comment je me vois future maman un jour ?

Comment c'est chouette d'être prof déglinguo avec des collégiens sympas?

Le fiasco sexuel de ma dernière histoire en date ?

Un peu d'étymologie ? (j'adooooore l'étymologie)

Que je cherche le sens profond de cette tendinite des hanches ? (pour rappel : tendinite = inflammation du LIEN....)

Tu veux qu'on parle de toi, un peu ? Qu'est-ce qui te préoccupe, toi, dans la partie immergée de ton iceberg intérieur?

Iceberg

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14 juin 2016

Et alors il s'est passé quoi depuis novembre 2015?

Oui, la fille qui n'a aucune honte à revenir se pointer ici, sans transition.

Ben quoi. Vous me manquiez....(rhétorique bloguesque de bas étage, je n'assume pas). En fait je ne sais pas trop s'il reste des gens ici. Bonjour?

Donc pourquoi cette absence? Alors que vous guettiez, j'en suis sûre, mes énièmes égarements sentimentalo-diétético-runnesques tels des assoiffés? (bande de voyeurs)

Alors, cette absence? De vagues tentatives de vivre dans le réel plutôt que dans le virtuel ? (mouais) (l'un et l'autre ne sont pas contradictoires) (tu bluffes).

Juste moins d'envie, moins de nouveautés à raconter, peut-être. Quelques rengaines bien persistantes qu'il serait inutile de remettre sur le tapis.

Quoi que. Tant que c'est là, ça a besoin d'être dit, non? Tout ce qui ne s'exprime pas s'imprime, il a dit, l'autre. (toujours précieuse à placer en soirée mondaine, celle-là, note, note). Jung ? Freud ? (T'as qu'à aller chercher.) En tout cas c'est vrai. Quand tu ne dis pas, c'est mal qui dit, c'est mal-a-die. La somatisation, c'est -à-dire, non pas la maladie imaginaire du "il fait la comédie c'est dans la tête" mais bien, la manifestation physique réelle et douloureuse d'une émotion non verbalisée et non accueillie par la conscience, qui trouve comme dernier et ultime recours de te faire mal à ton corps, ça existe. Et c'est rarement agréable. Donc autant prendre en charge l'émotion avant qu'on en arrive au stade de la manifestation physique, non? 

Tu as remarqué comme les enfants sont souvent malades physiquement? Enfant vient du latin "infans", du verbe "farer" lui-même issu du verbe grec "fémi", qui signifie celui qui ne parle pas/ ne s'exprime pas/ ne sait manifester sa pensée par la parole. Hé oui - par manque d'outils de verbalisation, qu'il apprendra au cours de sa vie, l'enfant est pour l'instant condamné à manifester par le corps...

Donc on va parler, pour éviter de somatiser, bébé.

Putain, je suis trop forte pour amener avec intelligence le flot de plaintes dépressives qui va suivre. 

Mais comme c'est vrai, j'ai pas de remords.

Alors.

Côté course, des hauts et des bas, une régularité dans un volume plus raisonnable (60-65km par semaine au lieu des 70-80 d'avant) qui me préserve depuis un bon moment de blessure, ce qui est appréciable.

Côté alimentaire : l'anarchie complète, au gré des événements de la vie. Je crois que j'ai de plus en plus d'accès d'hyperphagie extrêmes en quantité journalière (on touche les 8000-9000 calories journalières, quand même. Deux fois par semaine environ). (Contre les 2000 préconisées chez un individu normal, oui oui, tu as bien lu, non, je ne suis pas obèse, oui, j'ai un bon métabolisme, mais oui, je cours beaucoup aussi, et oui, je prends quand même un peu de poids au bout du compte).

De 61 à 67 kilos,ça va, ça vient. A 61-62 on se sent canon, on veut vivre, on sort, on s'ouvre aux autres, à 63, c'est statu quo,  de 64 à 67, c'est que quelque chose ne va pas dans ma vie, (en général un vide sentimental ou social) et ce surpoids fait qu'elle se planque, la Emaboveari. On en est là aujourd'hui, en mode épaisse qui va devoir aller chez H et M acheter des pantalons cache-tout en plein milieu de l'été.

Côté boulot ? Elle s'est mise en pause. Elle a postulé ailleurs. Et fait face à un dilemme : rédaction web, chouette poste, mais à l'autre bout de la France (pas âme connue à moins de 800km à la ronde, et home-Bretagne reléguée à 1400km); ou rester prof ici (donc rechercher un nouveau poste pour septembre, qui sera toujours aussi sous-payé.)

Côté coeur ? Tentative de relation de couple de mars à juin, avec des hauts et des bas, les hauts, l'authenticité, la transparence, un certain confort, des envies partagées, respect et bienveillance (enfin surtout lui, moi, j'ai parfois été dure avec lui); les bas, un manque d'incarnation, trop de ressemblances? Et un engouement pas forcément partagé pour l'avenir. Bilan : célibat again, à tel point qu'on envisage les sites de rencontre payants pour Big Losers de l'Amour Ayant Atteint l'Age Critique de Sauve-Qui-Peut-J'aurai-Jamais-d'Enfants et qu'on constate avec effarement que les autres membres sont tristes comme la pluie ou le beau fils de belle maman qui cherche à trouver une Petite femme sympa de dix ans de moins que Lui-et-ses-cheveux-gris-et encore-quand-il-en-a. Mais c'est trop tard, on a passé le cap : on a payé pour être membre premium et signé sa déchéance. Alors Jean-Claude, 45 ans, Cergy...

Côté amis ? On a perdu son meilleur ami, son coup de foudre amical, qui aura duré deux, trois ans, avec qui c'était chouette, complice, marrant et sympa. A l'occasion d'une micro brouille tellement anodine qu'on se demande encore quel vrai sujet de discorde se nouait derrière.

Côté run ? Un petit rp sur semi après la mort de grand-mère (dis, c'est toi, mes insomnies? non parce que là, ça fait 4 mois quand même.) Et sinon, une belle floppée d'échecs sur 10km (et même des régressions), pas de marathon à signaler non plus en dehors du MDP en EF.

En fait, les courses officielles sans les amis, c'est pas super intéressant.

Côté thérapie ? Je m'enthousiasme pour la chaîne youtube, les vidéos et l'enseignement d'Isabelle Padovani (sur les traces de Marshall Rosenberg) et sa Communication Non Violente basée sur l'empathie, l'écoute de tous ses besoins et de toutes ses parts, une tendresse et un humour imparables. Quand je l'entends j'ai l'impression que je suis quelqu'un d'un peu moins pourri, de normal, je ne me sens pas jugée.

Je démarre aussi avec une dame formée à ce type de pratiques, un acccompagnement thérapeutique concernant mon gardien pompier "sucre sucre sucre manger manger manger" qui se déclenche pour calmer mes attaques de paniques et d'angoisse. Séance 2, ça me parle. Il n'y a pas encore d'effet sur ce gardien hyperphagie, mais j'ai l'impression de renouer avec mon enfant intérieur, tout doucement, alors peut-être que ça débouchera sur quelque chose. Un jour....? 

Du positif cocotte?

 

Euh....la découverte de Padovani (même si pour l'instant ça ne m'aide pas "vraiment"), l'entame de cette thérapie pour l'enfant intérieur, les compliments pour mon test rédactionnel qui m'ont valu l'embauche, la gentillesse de cet ex qui a vraiment été bienveillant. (mais on a basculé dans du sauveur sauvé donc ça a merdé).

Il y a tant de points noirs (le surpoids avéré, l'errance professionnelle, l'absence d'amis, le couple qui n'a pas marché, et les nuits catastrophiques) que j'ai du mal à valoriser ces quelques points positifs.

Des projets ? (t'as vu je m'interviewe comme un journaliste face à Sophie Marceau en mode bilan de carrière)

Mmmm : et bien donc refaire ma vie dans le sud est de la France (Nice...rien que ça - plus cardinalement opposé à Brest, tu meurs) en partant de rien, et vivre de ma plume de rédac? Et espérer rencontrer l'homme de ma vie à Nice ou Cannes (ces deux noms de ville suffisant déjà presque à anéantir l'espoir) ?

Ou rester ici, dans mon appart près de mon Bois chéri qui doit être la seule chose que j'aime dans ma vie, (je t'aime mon bois, oui, je t'aime mon bois.), ouvrir une nouvelle page de prof dans un autre collège, payée comme une sous-merde, et espérer rencontrer l'homme de ma vie en Ile de France ?

Alors baby ? Oui toi lecteur éclairé, qui as une vie cool, qui as vaincu un peu ses démons, qui as un mari ou une marie qui tient à peu près la route, des enfants, un métier pas trop mal, des amis ! Help me !

Je suis à 50/50. Je songe à jouer mon destin aux dés. Très sérieusement.

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24 novembre 2015

Moins. Plus. Tout. Rien. Et ça aussi.

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Marre du toujours plus.

Marre des topbodychallenge, des toujours plus mince, plus gainé, plus sculpté

Marre des ultras, des pays les plus lointains, des sommets les plus hauts

Marre des plus rapides, des plus endurants, des plus extrêmes

Marre de la course aux RP, des sub machins

Marre des plus de concours, plus de cadeaux, plus de montres, plus de photos sublimes, plus d'amis, plus de tout.

Je sature de tout ça.

Je joue le jeu depuis tant d'années. Pour ne pas être à part. A part de la grande communion des Hommes. Du partage universel.

Et si ce n'était pas ça ?

Et si on essayait d'aller vers ce qu'on est, vraiment? Juste pour voir, juste pour essayer. Voir si c'est confortable.

Envie de moins : j'ai toujours eu envie de moins à l'heure où il faut vouloir plus. Des envies toutes simples. D'aller voir de l'autre côté du bois juste pour voir, de nager jusqu'à la balise et puis de sécher au soleil. De manger chaud, de boire des tisanes, de l'eau, de sentir le soleil sur ma peau, de regarder la cime des arbres d'en bas. De sentir la fumée dans les forêts. De coller à ce que je veux vraiment, plus à ce qu'il faut pour être le parfait être humain de 2015 intégré à sa société, conforme à la doxa de son époque. Au risque d'être à côté de la plaque, à côté des conversations, pas dans le coup, trop rêveuse, larguée, à l'ouest, contemplative. 

Quand tu es un peu différent, tu es décrébilisé. Taxé de fantasque, "pas rationnel", "rêveur", "idéaliste". Pas pris au sérieux. Tu proposes des choses différentes, des façons de vivre différentes, qui nécessitent de remettre en cause tout un système. On te dit "bah, c'est comme ça". " Tout le monde fait comme ça". "Tu pourrais t'adapter". "On n'a pas le choix". "c'est pas pragmatique". Ou bien même pas : tu te sens juste tout seul et tu t'ennuies, quand les gens autour de toi parlent bibelots, marques, événement, gamme de produits, nouvelle appli. J'ai essayé, je vous jure. J'arrive pas à m'intéresser. Des fois je voudrais. Je voudrais pouvoir m'emballer pour les macarons machin, les montres trucs, les figurines disney, les marques d'eau de coco, les beauty boxes, les fonds de teint poudre, les week ends à Londres, le shopping en ligne, les applis, les concours, les méthodes de gainage, le dernier objet de machin.

J'arrive pas, je sais pas ce que je fous dans le 21e siècle. L'univers s'est gouré. Je sais pas, je dois venir d'une proto-histoire où y avait pas d'objets, de couleurs de rideaux ou de t-shirts imprimés, mais des sensations des corps et des sentiments. Moi j'ai juste envie de dormir, de manger, de courir, de regarder les arbres, de sentir la forêt, de faire des calins aux gens, de rire, de m'allonger dans l'herbe, de lire des mots, d'écouter des notes, goûter tes lèvres, bouger les hanches, faire semblant de chanter comme Lisa Gerrard, marcher en claquant un deuxième rythme avec mes doigts qui s'intercale avec celui de mes pas, danser sur du Kenji Girac et puis jouer Erik Satie au piano et pleurer sur Beethoven. Faire la course avec un garçon, sourire à un chien, photographier une feuille, faire un jeu de piste, me donner une mission de chevalier, parler à mon corps, voir des signes partout. Appuyer sur les poteaux réguliers qui jalonnent la rue. Marcher sur la margelle du trottoir. Etre charmeuse et en même temps coincée comme une préado. Avoir 42 tons de voix différents et 12 émotions à la minute et 5 réalités différentes perçues dans un instant. Trier ou juste laisser vivoter les mots qui passent dans ma tête-éponge trop perméable.

Hypersensible, enfant précoce, enfant zèbre, blabla-étiquette entendu dans la jeunesse.

Je suis autiste adaptée quoi.

Mais après tout est ce que c'est grave. Si on est un peu décalés, si y a pas de moule de ce qu'on présente.

Et pour le mode de vie, et si on l'avait, le choix ? Le droit d'être décalé, le droit qu'il n'y ait pas de sens rationnel à tous nos gestes et toutes nos décisions.

Le choix de raisonner autrement. De sentir par l'intuition ou l'instinct plutôt que par la raison de Descartes. De capter la peur derrière un mot rassuré, de discerner la colère derrière un discours qui se veut calme ou aimant.

Le choix de voir à travers les voiles. De voir derrière l'arbre, la forêt qui se cache. De vivre et de choisir nos relations comme on sent que c'est "juste".

***

Un jour un homme a rencontré une fille et l'a jugée extravertie et à l'aise. Elle était feu follet, elfe enfantin. Il a vu le côté espiègle, il n'a pas senti la pudeur, le romantisme. Lorsqu'elle couchait avec un homme, elle donnait un bout de son âme. Elle seule le savait. Elle était vulnérable, fragile. Invisible à l'oeil nu. La plupart ne le sentaient pas. Se cantonnaient au jeu des apparences, la qualifiaient de "coquine", et, sans malveillance, manquaient de délicatesse. Lui non plus ne l'a pas vue.Toute forte ou fanfaronne qu'elle paraissait elle n'aspirait qu'à des paroles qui touchent à coeur. A des yeux qui voient au travers de ces voiles, à des bras qui l'enserrent sans briser, des mains qui aiment en caressant sa joue. 

Ce n'était pas un viol, non. Juste une relation classique, consentie. Un corps à corps de surface. Un aveuglement banal, ordinaire, accepté parce qu'impossible à contrer. L'indolente passivité de l'espoir vaincu. Comment expliquer, quand l'autre ne voit tellement pas? Effort vain. Capitulation volontaire. Regard vide où même la tristesse s'est éteinte. Ma Solange, mon Emma, ma soeur, mon âme. Ton histoire m'a bouleversée. Je voudrais être homme pour te toucher délicatement et demander pardon pour tous les autres.

Mères, pères, apprenez à vos fils. Apprenez leur à dire "tu es magnifique" plutôt que "t'as un corps magnifique". Apprenez à vos fils que "je vais te découenner" ne séduit pas une femme mais ferme toutes ses pores. Qu'une femme, même libérée, même pleine d'envie, même sensuelle, n'est jamais sans âme ; qu'il faut la présupposer toujours. Ce garçon qui recouvre l'épaule nue de la fille-loup farouche et endormie pour ne pas qu'elle se refroidisse est plus fort que celui qui renverse les montagnes. Celui-là qui s'agenouille pour relever son ennemi blessé a plus de trempe que tous les chefs de guerre. Tu seras un homme, mon fils.

Apprenez à vos filles à ne pas faire semblant d'être fortes. Apprenez-leur à faire respecter leurs propres fragilités. Une rose respirée trop fort s'étiole, se froisse. Solange, Jeanne, Eve, Médée, Véra, apaisez vos douleurs en rendant vos filles fières d'être sensibles, émotives, libres, vulnérables, introverties, audacieuses, fantasques. Rêveuses, folles, différentes.

***

J'ai envie d'un Noel sans repas, sans viande, sans foie gras, sans chocolat, sans alcool, sans conversations croisées, sans sourires en trop. 

J'ai envie d'un Noel de paix. D'un Noel sans passé et sans avenir. Où tous les compteurs sont remis à zéro, toutes les consciences vides de rancoeurs ou de futurs. Une trêve à la conscience chahutée du monde. Envie d'une promenade en forêt, d'un jeu de cartes. De simplicité. De gens qui s'écoutent vraiment. De silences. D'un peu de piano ou de guitare. De gens qui marchent dans les feuilles mortes. De tisanes, de clair de lune au bois. D'un feu qui crépite. D'une rivière sous la brume. De bras d'homme enlaçants, rassurants, solides, paternels. D'odeurs d'herbe mouillée. De runs ou de rires avec les vrais amis, pas ceux qui font semblant, mais ceux qui sentent. De mots mal calibrés, de présences gênées, de non-dits charmants, de petites attentions qui font tout. De troncs d'arbres immobiles. De danser sous la pluie. De thés dans des bars qui se vident à la tombée du soir. De douche brûlante après la course. De peau contre ta peau. De toi qui me protèges, toi que je ne connais pas encore et que j'ai cherché dans tous les autres.

 

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17 novembre 2015

epiphanie

13.

13 jours sans run. Dont 5 sans aucune activité physique (je ne pouvais pas marcher). Puis de la marche "cassée", lente, avec un balais dans le dos et la douleur qui crie dès le moindre mouvement de cambrure.

O ma lordose, je t'aime parce que tu me donnes ma cambrure de femme, et je te hais tellement quand tu me causes ces lumbagos.

Ces 13 jours m'ont laissé le temps d'analyser le cheminement vers le lumbago : de l'auto pression que je me suis mise toute seule comme une grande sur le dos, pour "performer" à la Rochelle et pour "performer" au collège, donner plus de rédactions que les autres profs, pour faire progresser au mieux les élèves, pour faire éclore leur potentiel, pour tendre vers l'idéal, parce qu'on ne peut pas se contenter du bien ni du très bien, hein Isa ? Le perfectionnisme a son revers. L'adrénaline et la tension, la pression que tu te mets, toujours plus haut, toujours plus vite, toujours plus humain, toujours plus compréhensif, toujours plus brillant. Une version toujours meilleure de toi-même. Quelle erreur tous ces slogans....si on n'a pas le recul nécessaire pour sentir lorsque l'avidité et l'orgueil s'en mêlent ; quand la modération et de sagesse s'en vont. Donner le meilleur de soi ? C'est aussi et peut-être surtout, savoir où est sa limite et aimer le niveau auquel l'on se trouve déjà. S'aimer soi. Pas la version future, améliorée, "optimisée" de soi.

Ce mardi matin-là, je prenais mon sac de cours à 7h45, pleine de cette pression et je me flinguais le dos, ruinant un marathon avec des amis et ruinant ma santé tout court. (un disque fissuré ne se répare jamais et les lumbagos chroniques causent des sciatiques et des hernies).

Serment à moi-même : plus jamais d'auto pression. Peut-être ça vaut pour toi aussi ? Refuse la course frénétique que tu as à l'intérieur de toi pour être toujours meilleure dans ce que tu fais. TU ES DEJA BONNE ET PLUS QUE LA MOYENNE. Fous toi la paix.

Je suis fière aussi de la gestion que j'en ai fait, et je l'écris ici pour le prochain lumbago qui m'arrive ou pour tout lecteur qui y serait confronté :

jour 1 à 4 : bloquée, je me force à éviter l'alitement le plus possible même si tout est très douloureux et tenir debout impossible. J'alterne des minutes assises et des minutes de quelques pas lents dans l'appartement. Inlassablement. Ne pas laisser la colonne se comprimer. Faire circuler le sang pour innerver la zone lombaire et réactiver les disques intervertébraux fissurés. Je suis les conseils de l'ostéo et du naturopathe. Pas de médicament cache-symptôme pour que la guérison soit plus rapide et qu'elle se fasse sans compensations physiques ou dommages collatéraux. Côté psy : je détricote chaque maillon de la chaîne de pression et pose des actes : suppression du marathon de La Rochelle. Mise en ordre de quelques relations affectives. Protection anti- empathie excessive au boulot.

jour 4 à 9 : je sors de l'appartement et je marche en forêt. D'abord 20 minutes. Le jour suivant 35. Le jour suivant 45. Ainsi de suite. Je clos chaque marche par deux étirements des lombaires (que je te communique si tu es intéressé).

jour 9 à 13 : la douleur a bien diminué, la marche est cassée mais plus fluide. Je commence le Decontractyl (décontracturant musculaire) le soir pour aider le corps à terminer le travail. Je continue les étirements. J'allonge les marches en forêt : 2h à J+10 et 2h30 à J+12.

Ce matin-là donc, vendredi 13.

Le temps est gris, il fait doux. J'ai bien dormi. Je me lève, laisse passer 2h (la colonne est la plus raide dans les 2 premières heures de la matinée) puis pars marcher en chaussures de running. Je sens que la marche est nettement plus souple et naturelle que la veille. J'entends des cris d'enfants à proximité du stade Jacques Anquetil. Un micro hurle. Je vois bientôt passer des nuées de petites filles qui courent, arborant des dossards. Un cross d'école, quelque chose comme ça. Très jeunes, du CP au CM2. Que des filles. Certaines pleurent, d'autres rient, rebondissent, soufflent, se concentrent. Je les regarde une par une, je suis émue de les voir, certaines souffrir, d'autres juste dans l'effort, je me sens proche d'elles. Je les encourage. Celles qui marchent surtout. "C'est bien ce que tu fais". Peut être ce que j'aurais aimé entendre quand j'étais la plus nulle du club d'athlé à leur âge...

Les voir m'a touchée. Je continue ma marche. J'arrive dans la partie sauvage du bois. J'emprunte un petit chemin bordant le ruisseau, je marche dans les feuilles froissées, il fait gris et doux. J'ai le sourire aux lèvres. Je sens que c'est aujourd'hui. Je vais regoûter à mon plaisir. Je vais trottiner...

Je croise bientôt un groupe de coureurs, ils sont cinq ou six, je les regarde et distingue Pierre Ambroise Bosse (que je croise de temps en temps ici). Il me regarde (mon petit coeur fait boum, ok-oui-d'accord-parce qu'il est beau et connu, mais surtout parce que j'apprécie sa personnalité d'athlète et d'homme tout court). Un signe ? Je suis de plus en plus pleine d'espoir. Les petites filles athlètes en herbe, cet athlète accompli...La boucle. La course c'est tellement beau. C'est comme la vie en miniature, la vie mise en abyme. 

Je regarde ma montre : 30 minutes. C'est l'heure de commencer le test de footing. Je jette un oeil au Hibou Sculpté qui semble valider ma décision et je lève les pieds...Je commence doucement, dans les feuilles mortes, attentive à chaque mouvement de bassin, comme un chat qui court léger.

Je continue....je respire...

Je sens que le corps est d'accord....

30 minutes de bonheur sur un fil....La pluie se met à tomber, une pluie d'orage, drue et battante, mais chaude. Je ris, je pleure, c'est la pluie, c'est les larmes, c'est les petites filles, le run, Pierre Ambroise Bosse, la vie. Tout est connecté et relié ce matin. Tout a du sens.

J'ai tellement souri. J'ai mal au coin des lèvres en t'écrivant ce soir...

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Posté par Et ma bove a ri à 21:04 - Commentaires [3] - Permalien [#]